ANALYSE SOCIALE DE LA NATION SHI

O. INTRODUCTION
La tribu des Bashi se situe au nord-est de la province du Sud-Kivu en République démocratique du Congo. Le Bushi se situe donc au bord ouest du lac Kivu, limité à l’ouest par les monts Kahuzi et le Burega et au nord par les Buhavu et au sud par Bufulero et Bunyindu . Le Bushi s’étend entre les parallèles 2 et 3 de la latitude sud entre les méridiens 28 et 30 de la longitude est de Greenwich. C’est une région montagneuse, d’une altitude moyenne de 1600 m. La température varie entre 15 et 28° avec un climat très clément. La langue des Bashi est  le mashi, une langue très riche comportant un vocabulaire très développé. Les Bashi désignent chaque chose par son nom  et les périphrases sont quasi inexistantes. De plus, cette langue comporte une infinité de proverbes renfermant la sagesse bantu.
Les Bashi sont constitués de trois ethnies différentes, mais qui par métissage ne se distinguent plus nettement : ce sont les Bashi, les Baluzi et les Batwa (ou pygmées). Au niveau historique, l’origine des Bashi se définie mal et aucun manuel d’histoire n’a réussi à situer leur date de migration (ce qui serait des faits d’histoire se transforme facilement en légende). Tandis que les Baluzi (qui constituent la classe dirigeante) sont d’origine hamite (comme les tutsi) ; ils auraient immigré depuis le nord dès avant le XIXème siècle et auraient très vite renversé la dynastie de petits rois Bashi existante . Quant aux pygmées, on raconte qu’il serait les premiers habitants, mais rien ne l’atteste. Ils vivent séparés du reste de la population, vivant de la chasse et d’autres vivant autour du roi .
La terre du Bushi est fertile et sa population vit principalement de  l’agriculture (mais aussi de la pêche sur le lac Kivu et de la chasse dans le Kahuzi-Biega). Sa population est parmi les plus prolifiques et les plus denses de  la R.D. Congo. Elle s’estime aujourd’hui à près de 4 millions d’habitants  et compte parmi le taux de densité  le plus élevé de notre pays (plus de 400hab. /Km²).
Dans ce travail, nous voudrions présenter tour à tour la situation matérielle de notre groupe social, sa structure socio-politique ainsi que son univers de représentations symboliques. Une conclusion viendra boucler notre investigation.
I.    ORGANISATION MATERIELLE
STRUCTURE ECONOMIQUE     STRUCTURE SOCIALE
Les moyens de production : la terre, le lac et la forêt.     Toute la terre appartient au roi ; c’est lui qui donne à chaque Mushi une portion de terre et celui-ci en retour lui doit régulièrement reconnaissance par des travaux, des dons en nature (produits de champs ou d’élevage).
L’organisation de la force de travail : travail personnel de la terre avec quelques travaux collectif    Le roi et l’ensemble des Baluzi ne travaillent pas, les Bashi leur donnent tout en rétribution d’action de grâces.
La répartition du produit social : chaque Mushi  mange le produit de son travail et fait offrande au Mwami.    Le Mwami est le grand propriétaire, mais en même temps le grand donateur .

A partir du tableau, on comprend que les Bashi se subdivisent en classes sociales :
1° La classe qu’on peut appeler « bourgeoise », constituée du Mwami, qui est le garant et le propriétaire de tout, et les Baluzi qui sont d’habitude ses propres frères, qui participent au privilège en gérant des vastes domaines qu’ils distribuent à qui ils veulent. Certains Baluzi vivent à la cour royale et d’autres peuvent vivre ailleurs, dans une aire du Bushi ou diriger un groupement au nom du Mwami.
2° La classe moyenne des Bashi vit principalement de l’agriculture  et de l’élevage. D’autres, habitant les pourtours du lac Kivu, vivent de la pêche, et d’autres de la chasse. Mais celle-ci est pratiquée par les Bashi non pas pour garantir la survie (car on mange principalement les produits des champs et de l’élevage) mais pour prouver à la société et au Mwami sa maturité et ses capacités militaires. En effet, celui qui réussit à attraper du gibier prouve qu’il peut  bien combattre pour protéger le pays contre les envahisseurs.
3° La classe des pygmées qui, comme nous l’avons dit, vivent séparés des autres, en des petits villages dans ou à proximité de la forêt. Ils vivent donc de la chasse et de la cueillette, et ne cultivent pas. D’autres vivent à côté de la cour royale où ils exercent quelques fonctions comme des valets.
Tout Mushi travaille et mange le produit de son travaille, en réservant toujours quelque chose au Mwami à qui il doit aller le plus souvent remettre quelque chose (produit de champs et/ou d’élevage) en signe de reconnaissance pour la terre reçue (Kurhula Mwami). Aussi les démunis peuvent toujours passer chez le Mwami pour avoir à manger, car le Mwami reçoit puis il donne.
On comprend donc que les ressources économiques du Bushi sont principalement l’agriculture et l’élevage :
-    La culture : Les Bashi ont toujours cultivé les haricots, les patates douces, du sorgho, des arachides, du manioc et des bananes (pour ne citer que les plantes principales). Le colon et les missionnaires ont introduit le café, le quinquina, le thé  et les arbres fruitiers de toutes sortes.
-    L’élevage : Le Mushi possédait (et possède jusqu’à ces jours)  au moins une tête de gros bétail (la principale richesse étant la vache), mais on trouve aussi des chèvres, des moutons et de la volaille. Le mushi est très attaché à sa vache . Celle-ci sert non seulement à produire du lait, mais aussi à doter le mariage, à cimenter l’amitié, à lier le serviteur à son maître… Elle est donc considérée comme principale monnaie des échanges commerciaux dans le Bushi traditionnel .
Pour ce qui est de l’organisation du travail, c’est chaque famille qui travaille la terre reçue, le père et/ou le fils étant chargés du défrichage et la mère du labour et du semis. La femme ne touche pas à la machette pour défricher ni à la serpette pour émonder la bananeraie. Mais quelques fois quand il s’agit des grands travaux (grand défrichage, construction de la maison), le Mushi fait appel aux voisins pour l’aider. D’autres travaux collectifs sont souvent organisés aussi chez le Mwami ou en cas de catastrophe (une maison brûlée, un pont cassé…).

II.    ORGANISATION DE LA VIE COLLECTIVE
Organisation politique    Autres organisations
Etat    Partis    Education    Santé    Médias    Habitat    Législation
Monarchie : toute la vie politique s’organise autour du roi     inexistants    Education séparée entre garçon et fille : celle-ci par sa mère et celui-là par son père.     Médecine par les plantes. Existence des médecins guérisseurs officiels utilisant des plantes     Rôle du tambour pour la communication     Maison en hutte couverte de paille ou en case couverte de lanières de bananiers    Beaucoup de lois-interdits pour protéger les mœurs
Commentaire du tableau :
1.    Organisation politique
Le Bushi est foncièrement monarchique. Il est dirigé par une dynastie de rois, les Nnabushi . Toute la vie sociale s’organise autour du roi qui est le seul propriétaire de la terre, le garant de l’unité nationale et la liaison entre les forces invisibles (les ancêtres, les esprits, Dieu) et le peuple.

On peut dire que les Bashi sont organisés dans un système féodal décentralisé. Ainsi, chaque ménage est détenteur d’un terrain sur lequel il établit sa résidence et y pratique les cultures nécessaires pour sa subsistance. Au Bushi, acheter de la nourriture est signe de pauvreté. Dans la gestion de son pouvoir, le Mwami est secondé par un conseil de sages, un parlement représentant non seulement sa cour (les Bajinji), mais aussi chacun des groupements composant sa royauté. Pour l’administration courante, chaque royauté est divisée en groupement. Chaque groupement est dirigé par un représentant du Mwami, un chef de groupement, qui exerce son pouvoir par délégation. Le groupement est à son tour subdivisé en villages, dont chacun est dirigé aussi pour un représentant du Mwami. A ce niveau, le pouvoir du Mwami est très proche des administrés dans la mesure où c’est à celui-ci qu’il revient d’assurer la justice distributive au nom du Mwami. Il répartit et octroie des terres aux habitants, il assure la cohabitation et organise la sécurité dans les quartiers du village.
2.    Autres organisations
a)    L’éducation :
Elle est orientée vers la préparation à la paternité pour le garçon et vers la maternité pour la jeune fille. Raison pour laquelle c’est la maman ou toute autre femme amie à la famille qui s’occupait de la fille. Celle-ci devait tout le temps rester à côté du foyer de sa  maman pour y apprendre le ménage. De temps à autre on pouvait l’envoyer pour quelques jours chez une femme amie à la famille pour lui apprendre comment se tenir dans la vie conjugale.  Tout consistait donc à préparer la jeune fille à être une bonne épouse et une bonne mère de famille.
Pour le garçon, il devait chaque fois rester à côté de son père qui lui apprenait les valeurs masculines : comment être un père responsable, un bon mari et un  citoyen digne. Il devait apprendre le travail sous toutes ses formes, les vertus de la patience, du courage, du pardon. Le futur citoyen devait soigneusement être préparé au service de son pays : guerrier, il doit être obéissant aux ordres du chef, courageux et endurant. Il doit aussi connaître l’histoire de son pays, et pour ce fait il doit fréquenter la société des hommes qui la connaissent à fond. Le futur chef de famille doit aussi connaître l’histoire de son clan, la généalogie de sa famille en vue de la transmettre à la postérité.
b)    La santé :
Les Bashi se soignaient par les plantes. Chaque adulte devait connaitre quelques plantes pour soigner les maladies courantes comme les maux de tête, la diarrhée, la toux, la fracture, la brûlure… Mais il y avait des  médecins attitrés et reconnus de tous, qui, non seulement avaient la connaissance parfaite des plantes, mais aussi investis d’un pouvoir spirituel, car ils soignaient par les plantes en invoquant  les esprits.
c)    Les médias :
Les outils modernes de communication de masses n’existaient pas dans la société traditionnelle ; mais dans le Bushi on se servait du tambour de la cour royale pour communiquer avec le peuple. Une certaine façon de battre le tambour constituait un message : il y avait un son pour annoncer la joie, la tristesse, la guerre, ou pour convoquer les sages… Raison pour laquelle personne d’autre ne pouvait détenir le tambour à part le roi. Mais pour des cas précis et pour ceux qui sont éloignés, le mwami devait envoyer des émissaires.
d)    L’habitat :
L’habitat au Bushi était très précaire : juste une hutte en bois couverte de paille. La case en bois et en boue couverte de lanières de bananier est une technologie tardive venue d’ailleurs. Dans sa hutte, le jeune Mushi avait tout : chambre à coucher, cuisine, étable pour bêtes, … Mais plus famille croissait, plus le besoin d’en faire deux ou trois huttes pour les grands enfants se faisait sentir. Il y avait aussi toujours à côté (surtout pour un couple d’un certain âge) une autre hutte pour le papa (appelée kagala) ; là il se chauffait au feu attendant le repas, contant ou narrant l’histoire du pays aux fils ou causant avec un ami. Cette hutte réservée aux hommes (en effet, aucune femme ou fille ne pouvait venir s’y asseoir) était aussi conçue pour la séparation de lit conjugal quand la femme allaitait ou attendait famille.
e)    La législation :
La législation shi est très riche et est constituée d’interdits de tout genre (Miziro). Les Miziro étaient conçus pour protéger la vie, et les transgresser était sévèrement sanctionné soit par la mort, soit par la stérilité, ou alors par une autre peine grave. Comme ils sont conçus fondamentalement pour protéger la vie, il y en avait donc plus plusieurs liés au mariage (et à l’acte conjugal), à la naissance d’un enfant, à la mort (d’un enfant, d’un parent ou d’un conjoint). Certains étaient de type latae sententiae et impliquaient la peine immédiate. D’autres pouvaient être soignés par un Mufumu (guérisseur) qui se faisait payer cher.
On comprend que la rigueur et la peur qui accompagnaient les miziro sont dues à la volonté de bannir les antivaleurs (désordre, adultère) et de cultiver les valeurs vitales (sacralité de la vie, du lien conjugale, respects des morts…). Dès son adolescence, le Mushi est suffisamment éduqué à la stricte observance de ces interdits.

III.    UNIVERS DE REPRESENTATIONS SYMBOLIQUES
Représentation de base    Autres représentations
Idéologie     Art     Folklore     Ethique     Religion     Philosophie
Vivre de la bonne manière, fort, libre, riche, avec une progéniture importante.     Musique lulanga, poterie, forge    Chanson populaire féminine, ntole (danse guerrière)     Ethique de prohibition dans les interdits    Croyance en un seul Dieu transcendant et créateur, et en des esprits hiérarchisés.     Philosophie bantu de la force vitale.

De ce tableau, on peut expliciter les éléments suivants :
1.    Idéologie
Le Mushi est identique à lui-même. Il veut être stable, libre (pas esclave), paisible et heureux chez lui. Il veut être prospère (beaucoup de vaches et une grande terre) et prolifique (avoir beaucoup d’enfants). Il sacrifie tout pour cet idéal. Il veut vivre, bien vivre et survivre. Toute l’histoire du Bushi est hérissée de guerres : guerres d’autodéfense surtout, car sa bonne terre a toujours été l’objet de convoitise de ses voisins prédateurs ; mais le Mushi n’a jamais baissé les bras pour céder un seul mètre de sa terre. Aujourd’hui encore, en 2010, le Mushi est conscient que le nombre de prédateur ne fait qu’augmenter. Il est guerrier par nature, pas pour une visée expansionniste, mais pour protéger sa terre.
2.    L’art
Les Bashi ne sont pas des grands artistes, du moins ils n’ont pas beaucoup développé l’art plastique comme on le trouve chez d’autres tribus du Congo. Mais on retrouve une riche poésie lyrique dans leurs chansons épiques (lulanga). Il a existé des forgerons, des potiers, des sculpteurs, mais qui ont exercé leur métier non pas d’abord au nom de l’art, mais pour répondre aux besoins vitaux : fabrication des armes, des vases pour le ménage, des pipes, …
3.    Folklore
Les Bashi ont beaucoup utilisé le chant folklorique. Il a existé des ballets de danse, surtout des filles au clair de lune ou pour accompagner des jeunes  mariées, des chansons pastorales pour les femmes cultivant collectivement, pour les jeunes filles venant de la brousse chercher du bois, ou pour le berger jouant à la flute, berçant ou paissant son troupeau. A la cour royale (et même dans chaque groupement) existaient les ntole (danseurs guerriers, qui avaient comme instruments des lances, des boucliers, des armes de guerre). Leurs chansons étaient souvent des cris de victoire sur l’ennemi.
4.    Ethique
Elle se rapporte à ce que nous avons dit  au sujet des interdits (législation), de l’idéologie et de l’éducation. La morale shi vise à former les gens aux valeurs nationales, familiales (conjugales et parentales) et humaines. Elle est plus une morale « négative » (de prohibition) car elle met l’accent sur les interdits et les sanctions y afférant, dans l’intention d’éduquer à la sacralité de la vie.
5.    Religion
Le Mushi est foncièrement religieux. Il est monothéiste. Il croit à l’existence de deux mondes : le monde visible et le  monde invisible, hiérarchisé. Le monde invisible transcende le  monde visible et exerce sur lui une action invisible mais réelle. Il est constitué d’êtres intelligents, immortels, hiérarchisés entre eux, dont le plus grand et Maître de tout est Nyamuzinda ou Dieu, cause première et ultime de tout, Créateur et Transcendant . Entre Dieu et nous, il y a une  multitude d’êtres vivants soumis à Dieu et qui exécutent sa volonté dans le monde visible et lui présentent nos demandes diverses. Ce sont des esprits (bazimu) claniques, familiaux ou nationaux. Dieu agit par eux sur nous. D’où un culte qui leur est dû comme par médiation. Le plus grand d’entre eux est Lyangombe, le chef de la cour céleste. Il est muzimu national, c’est-à-dire que chaque mushi le connait et le vénère.
En dessous de lui il y a les bazimu familiaux et claniques qui sont des âmes des ancêtres, mais qui restent présent à toutes les circonstances de la vie familiale terrestre (la famille et le clan comprenant les vivants et les morts). Les vivants ne prennent aucune décision importante sans  les consulter par l’intermédiaire d’un devin ou Mulaguzi qui, lui, est capable d’interpréter la pensée des bazimu. Chaque famille en a un et c’est lui qui décide de l’opportunité d’un sacrifice. Il ne préside pas au sacrifice ; celui-ci est le rôle du chef de famille qui est le Mudahwa (prêtre) .
6.    Philosophie
La philosophie des Bashi ne se distingue pas de celle des autres bantu, qui est une « biosophie », une philosophie de la vie, de la vie pleine et forte. Vivre c’est vivre bien (au sens à la fois moral et matériel) et survivre. Vivre le plus longtemps possible et avoir une grande progéniture est une bénédiction de Dieu. Toute la pratique quotidienne du Mushi/Muntu est une culture (quête) de la vie, de la vie forte, de la vie sans fin.
7.    Autres formes d’expressions symboliques :
A part ces éléments ci-haut évoqués, il existe beaucoup d’autres expressions symboliques par lesquelles les Bashi communiquent et communient avec  l’univers entier. Nous ne saurons pas les évoquer toutes ici, mais nous citons à titre illustratif les chansons populaires (exprimant l’âme et les aspirations fondamentales des Bashi), la danse qui, bien rythmée par le corps entier, symbolise la joie d’une vie pleine et victorieuse, les prières qui, ponctuées de silence, expriment aux êtres supérieurs (esprits, Dieu) les intentions profondes du peuple, de la famille, du clan ou de la nation entière…

IV.    ANALYSE STRUCTURALE DE LA SOCIETE SHI : INTERACTIONS  
Organisation de base matérielle    Organisation collective    Univers de représentations symboliques

Structure économique

Structure sociale

Système politique
Autres organisations collectives

Idéologie
Autres représentations
Education    Santé    médias    Habitat    législation        Religion     Art    Folklore    Ethique    Philosophie
Unique propriétaire : le Mwami    Deux classes sociales :
-le Mwami avec les Baluzi et les Bajinji     Royauté acquise par héritage    Pas d’école ni d’initiation collective. Chaque famille éduque ses enfants à être des bons Bashi
Analphabétisme.    Médecine par les feuilles. Sous information. Taux de mortalité infantile élevé.    Tambour pour communiquer    Précaire, expose aux intempéries et brûle facilement    Trop rude et négative. Bcp d’interdits pour protéger la vie.     Vivre fort et lié au Mwami. Etre libre, posséder champs et bétail avec bénédiction du roi    Monothéisme avec médiation des esprits hiérarchisés    Musique Lulanga, forge, poterie, sculpture    Chanson populaire féminine, chanson guerrière à la cour, ntole    Basée sur l’observance des interdits     Philosophie
bantu
de la
force
vitale :
Etre =
Vie =
Force
Le peuple exploitant la terre comme par prêt    -Les Bashi (peuple) paysans.    Les Bashamuka l’intronisent

Commentaire du tableau et interactions entre les éléments :
La société est subdivisée en deux classes et la propriété n’est pas assurée : seul le Mwami possède la terre et donne (prête) à qui il veut. Tout Mushi peut, à n’importe quel moment, être chassé de la terre lui concédée par le Mwami, s’il arrive à lui désobéir ou à comploter contre celui-ci. Raison pour laquelle de génération en génération, il doit faire des offrandes au Mwami et quand il meurt, son héritier doit aller présenter sa lettre de créance chez le Mwami (kubonwa).
L’organisation matérielle de base étant l’agriculture et l’élevage, une vie agro-pastorale de subsistance basée sur un système politique de type féodal, on comprend qu’on ne peut attendre aucune amélioration sensible du  niveau de vie de  la population. On produit pour la survie de la famille nucléaire uniquement, on ne vise pas la surproduction ou la transformation des produits des champs ou de l’élevage. La précarité des outils de production sont une des causes (pas de tracteurs pour l’agriculture, pas de culture extensive ou intensive, pas d’élevage à grande échelle, pas de techniques modernes d’agriculture, d’élevage ou de pèche). L’économie, tant nationale que domestique, reste précaire. Est considéré comme bon citoyen celui qui produit de son champ et son étable l’essentiel pour nourrir sa famille et  à offrir au mwami.
L’éducation a pour but de former des individus de ce type : un futur père responsable de famille (futur époux), paysan guerrier obéissant au Mwami, ou une future épouse, femme ménagère obéissant au mari. D’où la symbolique de la coiffure : en forme de lune pour les filles et les femmes, signe de féminité, en forme circulaire pour les hommes, symbole du soleil (dans la symbolique des astres chez les Bashi, le soleil est le mari de la lune et les étoiles leurs enfants).
Pour garantir tout cela et avoir cette vie forte, intense et longue, il faut être en corrélation avec le monde invisible (Dieu et les esprits) qui domine sur notre monde visible. D’où tout le culte à Dieu à travers les esprits, car l’univers est un et les êtres supérieurs du monde invisible méritent notre soumission, adoration et sacrifice. La législation influe davantage sur toute la vie sociale et même sur l’idéologie de  base. Mais le Mwami est au dessus de toute législation. Il est le législateur et il n’est pas concerné par certains interdits . L’idéologie commande tout l’art, le folklore et même la religion ; la philosophie étant comme la synthèse de tout.

CONCLUSION
Avec ceci, on trouve que la société traditionnelle shi est statique. Elle ne bouge pas et tourne autour d’elle-même : On dirait que le Mushi traditionnel réalisait cet unique parcours : naître – vivre dans les grâces du mwami (posséder champs, bétail, femmes et enfants) – mourir pour lui et rejoindre le monde des ancêtres. Pas de grand projet de société, pas d’ambitions expansionnistes , pas de développement. Malgré les contacts, souvent belliqueux, qu’elle a eus avec ses voisins (les Banyarwanda et les Bahunde surtout), elle n’a pas pu évoluer dans ses schèmes fondamentaux. Le dynamisme se déclenchera avec les Occidentaux avec leur triple mission civilisatrice, christianisatrice et colonisatrice.
C’est le  moment de reconnaître le bien fondé de la colonisation qui n’a pas été que destructrice. Certes, avec ses préjugés nihilistes sur le noir, elle a voulu méconnaître leurs valeurs culturelles. Mais elle aura été une chiquenaude déclencheuse de dynamisme et de développement. Au Bushi, le colonisateur a été combattu pendant quelques années , mais à la fin les Bashi ont compris que les Bazungu (Blancs) leur amenaient aussi la civilisation et donc le développement. L’arrivée du colonisateur aura donc été une chance (encore à exploiter jusqu’aujourd’hui), mais aussi un risque.
En effet, c’est au contact avec les Blancs que les routes se sont tracées même dans les villages, les écoles et les hôpitaux construites, … Bref, cet hôte (bien qu’il fût méchant et violent) aura apporté la lumière : lumière de la civilisation, lumière du développement, lumière de la foi… Mais aussi avec lui s’est déstructurée une société qui avait ses bases culturelles et sociales, sa hiérarchie et sa foi. Il n’est pas faux de dire que si le Mushi (et le Muntu en général) titube et patauge aujourd’hui à  la recherche de son identité et s’interroge sur son avenir, la cause principale est ce heurt culturel qu’il aura connu au contact avec l’homme blanc.
Le colonisateur est parti – sa silhouette reste pourtant là et agissante ! –, mais il aura laissé le Mushi sur une pente raide de la modernité, pente qu’il essaie en vain de remonter pour se retrouver. Le Mushi est déchiré, écartelé entre lui-même et la modernité (entre ce qu’il est et ce que les autres veulent qu’il soit), qui parait par endroits incompatible avec ses valeurs. Pire encore, le Mushi est attaqué, non plus seulement dans sa culture et ses convictions fondamentales, mais aussi dans son corps, dans son intimité et dans sa terre. Son sol et riche sous-sol ayant été l’objet de convoitises de divers prédateurs, lui vaut aujourd’hui les guerres à répétition, où des vies sont bafouées, des femmes violées en masse, des villages pillés et vidés de ses habitants… Le Bushi, avec pourtant ses potentialités en agriculture, élevage moderne, pêche, tourisme, … est devenu juste une tanière où vivent désespérés quelques misérables dépouillés de tout, car pillés, intimidés, violés à répétitions… sans vie et sans avenir. Il est temps que le Mushi se repense et se donne les moyens de recréer son avenir et espérance. La tâche est lourde et de longue haleine, car un plus fort agit en sens contraire ; mais il le faut car sa destinée en dépend.

BIBLIOGRAPHIE
1.    BURUME L., Histoire « Six règnes » antérieurs à 1980 et Culture des Bashi au Zaïre, Kinshasa, Centre Protestant d’Edition et de Diffusion, 1991, 216p.
2.    MULAGO GWA CIKALA V., Religion traditionnelle des Bantu et leur vision du monde, Kinshasa, Faculté catholique de Théologie, 1980, 215p.
3.    MWEZE Chirhulwire, « Dire Dieu : analyse de quelques parémies théophores des Bashi du Sud-Kivu (Zaïre) », in R.P.K., Vol.VIII, n°14 (1994), p.25-60.
4.    ID., Condition humaine et vie future, dans Religions Traditionnelles Africaines et Projet de Société. Actes du Cinquième Colloque International du C.E.R.A., Kinshasa, du 24 au 30 novembre 1996, CRA, vol.31, 61-62 (1997), p. 431-445.
5.    ATAL Sa ANGANG, Conception africaine de la vie, de la mort et de l’au-delà, dans Religions Traditionnelles Africaines et projet de Société. Actes du Cinquième Colloque International du C.E.R.A., Kinshasa, du 24 au 30 novembre 1996, CRA, Vol. 31, 61-62 (1997), p.365-398.

Par Norbert LUBANJA RUGENGE
Mars 2011.

Une réponse à “ANALYSE SOCIALE DE LA NATION SHI”

  1. Mugisho dit :

    nous disons merci à cette initiative, et nous vous encourageons à continuer à écrire sur ce que c’est être Mushi car la jeunesse doit savoir sur tout ce qui nous concerne. Bravo et merci pour ces détails!

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